Un peintre concarnois d'adoption
En 1882, lors de l'attribution solennelle des prix et des médailles obtenus l'année
précédente par les lauréats, peintres de l'officiel Salon des Artistes Français,
Jules Ferry, Président du Conseil, déclare :
"...Vos élus ont donné la plus haute récompense à la grande tradition
d'un art décoratif, au plus brillant représentant qui soit parmi nous de la grande école
florentine, à Baudry." (vifs applaudissements).
Sujet de l'oeuvre primée : " Glorification de la loi " ! A cette grande manifestation
de l'Art, les " Pompiers " et les professeurs des Beaux-Arts occupent les places d'honneur :
les anciens élèves gravitent autour des " Chers Maîtres ", guides qui régissent
l'art officiel. Il sera décoratif, idéalement beau, comme à Florence, historique,
social... et hélas trop souvent académique pour les milliers d'exposants qui se réfèrent à ces
critères, bloquant toute innovation. Cette même année 1882, Alfred Guillou, le peintre
de Concarneau, obtient la médaille de 2ème classe pour " Le dernier marin
du vaisseau le Vengeur, Torrec, mort en 1456 à Concarneau ". Théophile Deyrolle
reçoit une mention honorable pour : " Retour de foire, chemin de Saint-Jean à Concarneau " et " Pêche
aux maquereaux au lever du soleil ".
Le ton est donné. Deyrolle a choisi son créneau. Il va conjuguer le thème
breton pendant plus de trente ans, avec un intérêt particulier pour la Cornouaille rurale
et paysanne. Jacques Deyrolle, son petit fils, raconte : " Mon grand-père préparait
le Salon un ou deux ans à l'avance. Je ne pense pas qu'il y ait jamais eu d'exposition Deyrolle.
En plus du Salon il a réalisé de nombreux panneaux décoratifs pour les hôtels
de la région, des portraits pour faire plaisir à ses amis et une grande quantité de
pochades. Il s'est beaucoup occupé de ses activités extra artistiques, de ses plaisirs,
de ses amis : il était heureux. "
A coté des nombreux paysagistes qui sillonnent la Bretagne, le provincialisme est honoré.
L'orientalisme, la préhistoire, la mythologie, l'antiquité, les thèmes religieux
ou légendaires abondent faisant écho à la littérature en vogue. Théophile
Deyrolle est de tous les Salons. Avec des accessoires de beaux costumes bretons, de calvaires et de chapelles,
il tient la chronique des jours de fêtes, de foires et de pardons, spectaculaires rassemblements
vivants et colorés à souhait. Se succèdent entre autres : " Joueurs
de boules " en 1887, " Noce bretonne " en 1892, " Retour
de la foire de Trégunc " en 1893, " Gavotte bretonne " en
1896, " L'aumône en Bretagne " en 1902, " Naufrage à l'entrée
de Concarneau " en 1906 et, à partir de 1909, une suite ininterrompue de bergers,
bergères et moutons. A Paris, l'imagerie d'une Bretagne pieuse ou en fête conforte les notables.
Les oeuvres achetées par l'Etat sont attribuées aux administrations publiques ou aux musées
départementaux.
Peintre et mareyeur
Depuis son mariage avec Suzanne Guillou, Deyrolle s'occupe des parcs à huîtres.
Il s'y consacre le matin, l'après midi, dans son atelier près du calvaire qu'il a construit
dans sa propriété, il redevient peintre. Parisien d'origine, subjugué par l'originalité de
la culture bretonne et la splendeur des atours de son peuple, il adopte hélas la solution de facilité avec
toute son habileté. Des oeuvres permettent cependant de prendre conscience de la qualité de
son regard et de ses dons de peintre. Les belles bretonnes sont certes endimanchées dans les chemins
creux, mais les jeux de lumière y sont parfois magistralement interprétés, avec
un superbe palette. De beaux portraits, d'excellentes pochades libérées de tout conformisme
témoignent de son extrême sensibilité.
Yvon Le Floc'h extraits, catalogue de la fête des Filets bleus 1992
.un ensemble de 12 photos à découvrir au syndicat d'initiative de Messac-Guipry: Th Deyrolle