L'art panthéiste de Beaufrère
En 1993 Adolphe Beaufrère, peintre graveur, décline son paradis terrestre à la
galeie Gloux. Toute son œuvre est un hymne au bonheur. Sous les frondaisons de ses arbres somptueux,
chênes, oliviers ou eucalyptus, la famille est unie et heureuse, le troupeau se repose paisiblement.
Frais vallons, chaumières, chemins creux accueillent une humanité sereine. Dans ce
message panthéiste à la Jean-Jacques Rousseau, les êtres et la nature vivent
en pleine harmonie. Par la magie du trait gravé à la pointe sèche ou au burin,
dans la subtilité et la transparence d'une aquarelle, Beaufrère traduit l'essentiel :
une profonde émotion humaine. En plans ordonnés les masses s'équilibrent rythmées
jusqu'au lyrisme. Un temps oublié jusqu'à vivre dans la pauvreté les dix dernières
années de son existence à Larmor, Beaufrère connait un succès grandissant.
La nature heureuse et non encore agressée qui l'inspire est celle de nos aspirations écologiques.
Au fil de huit expositions, la galerie Gloux, éditrice d'un catalogue de " l'œuvre
gravé " réalisé par Daniel Morane en 1981, a sensibilisé un
public aujourd'hui très averti.
Yvon Le Floc'h Ouest-France du 2 novmbre 1993
Une peinture d'émotion plastique
Il était si discret et si modeste qu'il est un moment tombé dans l'oubli.
Et puis, avec le retour à la mode des peintures de Pont-Aven, on redécouvre l'œuvre
d'un très grand artiste, à cause sans doute d'une certaine analogie avec les Maîtres
de la célèbre école... On est rapidement subjugé par la grande musicalité de
ces chefs-d'œuvre. Ils possèdent une vertu poétique et spirituelle mise en valeur
par des accords rythmiques des lignes et des couleurs d'une rare et précieuse distinction,
un fauvisme assagi avec des harmonies riches et raffinées, une délicieuse musique " en
sourdine "
en quelque sorte. L'artiste avec une sensibilité à fleur de peau, toute de pudeur et
de finesse, nous propose une vision idéale et sereine du monde.
Une vie discrète à l'image de l'œuvre. Né en 1876 à Quimperlé A.M
Beaufrère assure sa formation à Paris dans l'atelier de Gustave Moreau où il
aura comme compagnons Matisse, Marquet, Othon Friesz. Il sera l'ami du graveur vannetais Frelaut.
Il obtient une bourse pour un séjour de 2 années en Algérie d'où il revient
en passant par l'Italie, l'Espagne et le Midi avant de s'établir définitivement en
Bretagne. Il s'installe à Kersulé au Pouldu puis dans le village de Kerblaisy à Larmor.
Il y meurt en 1960 à l'âge de 84 ans. Vers 1920, il connaît une grande renommée
en qualité de graveur et, en 1924, obtient le premier prix de l'Exposition Internationale
de Los-Angeles. Cette notoriété lui procure au début une certaine aisance qui
va s'effacer peu à peu du fait de sa modestie et de son isolement volontaire. Deux importantes
rétrospectives seront présentées en 1960 et en 1961 par les musées de
Quimper et de Rennes.
Une aspiration à la vérité : Les sujets ainsi " Ferme près
d'Alger ", " Port ", " Ferme du Pouldu ", " Route
de Merrien ", évoluent vers une composition de plus en plus simple et claire,
parfois géométrique : " Il me manque dix ans pour me consacrer à l'abstrait " disait-il à la
fin de ses jours. Admirateur de Rembrandt et de Cézanne, il est proche de Marquet et adhère à l'idéal
de Seurat qui proclame que : " l'art c'est l'harmonie " . Extraits
- Yvon Le Floc'h Ouest-France du 9 novembre 1982.
Une seule de ses gravures est consacrée à Concarneau.