Broquet-Léon, peintre aux armées
Parmi les artistes appartenant peu ou prou à la grande famille des peintres
de Concarneau, Broquet-Léon, de son vrai nom Espérance Léon Broquet, détient
une place particulière. Il doit en effet sa notoriété à ses dessins et
gravures réalisées dans les boues de Champagne durant la guerre 1914-1918. Vingt-quatre
dessins originaux de cette fresque historique appartiennent aux collections du musée de l'armée.
Broquet-Léon est né à Paris en 1869. Elève de Claude Monet, il réalise une carrière
de peinre de plein-air, parcourant l'hexagone de Gravelines dans le Nord, à Marcilly dans
l'Aube, Martigues sur la Méditerranée et, plus tardivement, Concarneau puis Chateauroux.
Pendant la grande guerre, abandonnant ses pinceaux, il s'engage à 45 ans et se fait incorporer
dans un escadron de hussards. Dans les tranchées, au cœur de l'action, il trace dans
un graphisme expressif et une facture vigoureuse les temps forts de l'holocauste de la Marne. A cette
occasion, "La voie sacrée"
devient son titre de gloire.
Rue Mauduit-duplessis au passage-Lanriec
Après cette sombre période, le peintre, retrouvant pinceaux et chevalet poursuit son œuvre
dans une recherche constante de lumières et de symphonies colorées comme le lui a enseigné son
Maître, revenant régulièrement dans son atelier du Boulevard Raspail. Il est
veuf et père de trois enfants lorsqu'il descend à Concarneau vers 1929 dans un hôtel
qu'il connait bien. Il est à cette époque un peintre renommé et respecté.
Agé de 60 ans Broquet fait la connaissance d'Anne Le Du, " charmante et modeste travailleuse ",
qu'il épouse le 10 octobre 1929. Mariage mémorable auquel assistaient Barnoin, Eschbach,
Delpy, Harel, l'encadreur Hervé Gorrec, et le photographe Le Merdy. Le couple ayant
adopté une nièce, habitera quelques années rue Mauduit Duplessis au Passage.
Le port de Concarneau et ses environs mais aussi le Pays bigouden et Ouessant deviennent alors les
sources d'inspiration du peintre. Il réalise également quelques décors pour
différents établissements de la région. Le couple voyage avant de s'installer
définitivement à Chateauroux. Broquet-Léon y décède en 1936. Deux
expositions à la galerie Georges Petit en 1922 et 1926 ponctuent son œuvre. En 1929,
son exposition à Ti-Chupen-Gwenn, chez M. et Mme Julien Le Clinche à Concarneau
est couverte de louanges par le journaliste de la Dépêchec citant F. de Joannis: " Broquet-Léon
caractérise tout ce que l'imagination peut évoquer autour de ce mot. Il est l'artiste
type avec ses brusqueries, ses révoltes, ses duretés et ses merveilleues douceurs...
un artiste, et avec quelle simplicité. La liberté de sa forme est partie de son talent
indépendant, gouverné seulement par le battement de son cœur et la réceptivité de
son regard...!"
Yvon Le Floc'h Ouest-France - 3 janier 1989.