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Jeannine Guillou : "54 rue Nollet"
Huile 61 x 50
Collection de la ville de Concarneau : Donation Simone Robin

Nous sommes en août 1943 ; Venant de Nice, Nicolas et Jeannine débarquent dans un Paris où règne la famine. Peu de temps après leur arrivée, la galeriste Jeanne Bucher leur confie les clés d'un hôtel particulier au 54, rue Nollet, dans le quartier des Batignolles "Des grilles protègent un assez grand jardin où poussent des marronniers et des frênes". Abandonnée par l'architecte Pierre Chareau, la demeure de deux étages avec perron et marquise a connu des heures de gloire dans ce lieu où travaillait Le Corbusier. Max Ernst, Braque, Picasso, Juan Gris, Max jacob et d'autres artistes et intellectuels y sont venus. En cet automne 1943, une vie précaire s'organise. Laurent Greilsamer raconte les difficultés du couple. Après avoir transformé en rondin les arbres, le mobilier les portes offriront le chauffage. Dans une lettre de janvier 1945 à Antoine Tudal, Pierre Reverdy rappelle l'hiver 1844, rue Nollet : "Je me demande si malgré les coupes sombres de l'année dernière dans les menuiseries de l'immeuble, tu trouves encore de quoi faire ces belles étincelles qui brûlent si bien les habits..."

Fin 1943, Jeannine Guillou cesse de peindre

"Pourtant depuis l'automne 1942, l'étrange alchimie observée entre Jeannine et Nicolas, cette lente combustion des âmes et des talents a progressé. La flamme a changé de cœur, le feu changé de main. Au point que Jeannine se demande souvent :"Pourquoi continuer à peindre, puisque Nicolas peint ? Fin 1943, il lui semble que la réponse s'impose :"Ce n'est plus la peine", écrit-elle à Jeanne de Cardaillac. Ainsi s'efface-t'elle doucement devant son compagnon en faisant le sacrifice de la peinture."

"En avril 1945 on menace de leur couper l'électricité, le gaz et l'eau. L'hôtel particulier de la rue Nollet prend de la gîte... Il faudra bientôt quitter le beau navire dépareillé. Ils trouvent refuge dans un minuscule studio au 13 bis de la rue Campagne-Première, à Montparnasse." Dans "Le Prince foudroyé".