" La crise sardinière était son sujet "
Si le nom du peintre est cité dans les catalogues des expositions à Paris
et Nantes, on n'a guère d'informations sur l'homme sinon, en 1924, un hommage après
sa mort par Auguste Dupouy. Tout juste sait-on que le commis agent de change, ami de Gauguin
("portrait du peintre Achille Granch-Taylor" 1885 par Paul Gauguin Kunstmuseum,
Basel), était à l'atelier Cormon en compagnie de Toulouse-Lautrec, d'Emile Bernard
ainsi que d'Alphonse Guillou, le frère du peintre Alfred Guillou et futur Amiral. L'importante
collection restée après sa mort à Asnières où il s'était
retiré a été dispersée. La dernière vente a eu lieu à l'Hôtel
des Ventes de Brest en mars 1993.
Achille Granchi-Taylor est né à Lyon d'un père émigré italien,
voyageur de commerce, et d'une mère anglaise, Anne-marie Taylor. A Pont-Aven, pensionnaire à l'Auberge
Gloanec, il rencontre Moret, Chamaillard, Maufra, Jordan, O'Conor. Il fait régulièrement
des envois au Salon des Artistes Français : 1888 " Marâtre ",
1889 " Dur à fendre ", 1891 " Chômage ",
1892 " Tannée des voiles et des filets à Concarneau " etc.
Après Pont-Aven, de son observatoire de la " Maison de bois " au dessus de
la digue, loué à son collègue peintre, Théophile Deyrolle, il a
surtout retenu la vie difficile et souvent miséreuse des pêcheurs. Sa peinture,
tout en sobriété, a des accents de vérité qui ont aujourd'hui valeur
de témoignage. "C'est l'âme d'une race qu'il
fixait sur la toile. Nulle flatterie, la réalité telle quelle, mais une réalité sentie,
comprise, approfondie ", écrit Dupouy. Ces portraits réalistes
mettent l'accent sur la dignité et la noblesse d'un peuple en proie à une existence
parfois proche de la misère. Alors que nombre de ses amis peintres racontaient une Bretagne épanouie
dans ses costumes et son folklore, Granchi-Taylor s'est attaché à en peindre
le vrai visage par une technique qui lui est spécifique, l'utilisation du fusain rehaussé d'un
jus de peinture à l'huile allongé d'essence de térébenthine. Le
résultat est remarquable, les cirés protecteurs des pêcheurs enduits d'huile
de lin sont criants de vérité. C'est la véritable marque de fabrique du
peintre. Granchi-Taylor a aussi réalisé de nombreuses commandes de panneaux décoratifs
sur le même thème comme le " Débarquement de raies " pour
le château de Trévarez (collection municipale de la ville de Concarneau). Il fut
aussi un habile illustrateur.
Yvon Le Floc'h , à propos de l'exposition au Musée de la pêche - Ouest-France,
le 26 juin 2003.